Les épisodes de canicule de 2022 et 2023 ont laissé des traces visibles dans les espaces verts des villes françaises. Platanes desséchés, bouleaux en souffrance dès juillet, érables aux feuilles grillées en plein été : le patrimoine arboré planté il y a vingt ou trente ans n’était pas prévu pour le climat d’aujourd’hui. Encore moins pour celui de 2050.
Pour les responsables espaces verts, la question n’est plus théorique : quelles essences planter maintenant pour qu’elles soient encore en bonne santé dans trente ans ?
Le problème : des arbres choisis pour un climat qui n’existe plus
La plupart des arbres d’alignement plantés dans les villes françaises ces dernières décennies proviennent d’une palette restreinte : platane, tilleul à grandes feuilles, marronnier, érable plane, bouleau. Ces essences fonctionnaient bien dans le climat tempéré océanique ou semi-continental de la fin du XXe siècle.
Mais les projections climatiques de Météo-France sont claires : d’ici 2050, les villes du nord de la Loire connaîtront des étés comparables à ceux du sud de la France actuel. Tours aura le climat de Montpellier. Lille celui de Lyon.
Dans ce contexte, continuer à planter les mêmes essences revient à programmer leur remplacement dans vingt ans, à grands frais.
Cinq critères pour choisir des essences adaptées
1. La tolérance à la sécheresse
C’est le critère principal. Un arbre urbain subit déjà des conditions de sécheresse plus sévères qu’un arbre en forêt : sol compacté, espace racinaire limité, chaleur rayonnée par l’asphalte. Avec le réchauffement climatique, ces contraintes vont s’amplifier.
Les essences d’origine méditerranéenne ou sub-méditerranéenne ont un avantage naturel : elles ont évolué dans des conditions de sécheresse estivale. Le micocoulier (Celtis australis), le chêne vert (Quercus ilex), le sophora du Japon (Styphnolobium japonicum) ou le zelkova (Zelkova serrata) figurent parmi les candidats les plus souvent cités.
2. La résistance aux fortes chaleurs
La sécheresse et la chaleur ne sont pas la même chose. Certains arbres tolèrent le manque d’eau mais souffrent des températures élevées (et inversement). En milieu urbain, l’effet d’îlot de chaleur peut ajouter 3 à 5 °C par rapport à la campagne environnante. Il faut donc privilégier des essences qui supportent les deux.
3. L’adaptation au sol local
Un arbre parfaitement adapté au climat futur mais planté dans un sol qui ne lui convient pas ne survivra pas. Les sols urbains sont souvent calcaires, compactés, parfois pollués. Vérifiez la compatibilité avant de valider un choix d’essence.
4. La capacité d’ombrage
Si l’objectif est de rafraîchir l’espace public, le houppier de l’arbre compte autant que sa résistance à la chaleur. Un arbre à feuillage dense et à port étalé (comme le micocoulier ou le mûrier platane) produit une ombre plus efficace qu’un arbre à feuillage léger et à port dressé.
5. L’absence de contraintes sanitaires connues
Certaines essences séduisantes sur le papier posent des problèmes sanitaires : allergies (cyprès, bouleau), parasites émergents, maladies en expansion. Le chancre coloré a décimé les platanes du sud. La mineuse du marronnier a rendu cette essence peu fiable en milieu urbain. Renseignez-vous sur les risques sanitaires avant de retenir une essence.
Des essences à explorer
Voici quelques essences qui reviennent régulièrement dans les plans de plantation des collectivités qui anticipent le changement climatique :
Pour l’alignement et les places : micocoulier de Provence, zelkova du Japon, sophora du Japon, chêne chevelu (Quercus cerris), févier d’Amérique (Gleditsia triacanthos).
Pour les parcs et jardins : chêne pubescent, orme résistant (Ulmus ‘Lutèce’), érable de Montpellier, arbre de Judée (Cercis siliquastrum), pin parasol.
Pour les sols difficiles : ailante glanduleux (attention au caractère invasif, à réserver à des situations très contraintes), robinier faux-acacia, savonnier (Koelreuteria paniculata).
Cette liste n’est pas un catalogue à copier-coller. Chaque situation demande une analyse locale : sol, exposition, espace disponible en surface et en sous-sol, proximité des réseaux.
Ne pas oublier les essences locales
La tentation de se tourner vers des essences exotiques est forte. Mais les espèces indigènes, quand elles sont adaptées, présentent des avantages considérables pour la biodiversité locale : les insectes pollinisateurs les reconnaissent, les oiseaux y trouvent leur nourriture, elles participent aux corridors écologiques.
Le chêne pubescent, le charme, le noisetier de Byzance (Corylus colurna) ou l’alisier torminal sont des essences indigènes ou proches qui méritent d’être davantage plantées.
L’approche la plus robuste consiste à diversifier : mélanger essences locales adaptées et essences d’introduction, pour répartir le risque.
Ce que font les collectivités en pointe
Plusieurs métropoles françaises ont lancé des plans canopée ambitieux :
Ces villes ne se contentent pas de planter plus : elles plantent autrement, en diversifiant les essences, en améliorant les fosses de plantation et en formant leurs agents aux techniques de plantation et de taille adaptées.
En résumé
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